Les greyhounds de course : martyrisés au nom du profit

Il est parfois facile, quand on voit tant de douceur et d’amour dans le regard des greyhounds que LED propose à l’adoption, d’oublier dans quelles conditions ils ont vécu avant d’arriver jusqu’ici. Facile d’oublier qu’ils n’étaient auparavant que des machines à courir dont la vie ne tenait qu’à un fil, suspendue à leur capacité à courir plus vite que leurs frères et soeurs de misère, à rapporter de l’argent, petits pions dans une industrie du jeu qui les exploite sans états d’âme puis les recrache lorsqu’ils sont hors d’usage.

Il est encore plus pénible de se dire qu’eux ont eu de la chance par rapport aux milliers de greyhounds, chiots, jeunes et adultes qui sont massacrés chaque année en Angleterre, en Irlande et partout dans le monde où les paris sont autorisés sur les courses de lévriers. Car les mauvais traitements subis par les rescapés que LED propose à l’adoption ne sont que la partie visible de l’iceberg, déjà révoltante en soi, mais qui cache une réalité bien plus terrible. Voici, résumés en quelques points, tous les facteurs de cruauté dont sont victimes les greyhounds de course, de leur naissance à leur mort, hélas trop souvent prématurée.

  • Surproduction et élimination de chiots :
    De nombreux chiots greyhounds sont tués par leurs éleveurs ou propriétaires lorsqu’ils ne montrent pas d’aptitudes particulières à la poursuite où à la course. Et cette cruelle sélection se fait à grande échelle. D’après un rapport de 2007 rédigé par un groupe de parlementaires britanniques, environ 35 000 chiots greyhounds sont nés en 2006 en Irlande (31 000) et en Angleterre (4 000). Pour avoir une estimation du nombre de chiens qui entrent effectivement dans l’industrie des courses en Angleterre, on peut se baser sur les données du National Greyhound Racing Club, l’organisme de régulation des courses en Angleterre, concernant le nombre de chiots tatoués à l’oreille (entre 10 et 16 semaines) puis le nombre de chiens enregistrés et autorisés à courir (entre 15 et 20 mois). En moyenne, sur la période 2002-2005, seuls 12% à 17% des chiots nés ont été tatoués et un peu plus de la moitié des chiots tatoués ont plus tard été enregistrés soit environ 10% du total des chiots nés. Que deviennent les autres 90%, ces 30 000 greyhounds qui ne verront jamais une piste officielle? Ils ne sont pas tous abattus. Certains, les plus chanceux, sont vendus comme animaux de compagnie, ou confiés à des associations qui tentent de les faire adopter, d’autres courront sur des pistes non officielles encore plus dangereuse que les cynodromes accrédités, d’autres enfin sont vendus à des laboratoires de vivisection ou à des écoles vétérinaires ou de médecine pour servir de sujets d’entraînement aux futurs praticiens (voir à ce sujet le rapport LED Courir pour sa vie).
  • Conditions de vie déplorables :
    Pour maximiser le profit, il est logique de dépenser le moins d’argent possible pour l’entretien des chiens. C’est ainsi que beaucoup vivent dans des conditions lamentables, enfermés dans des chenils ou des cages 23h par jour, sans véritable contact avec les humains, ni possibilité de jouer. Un mauvais régime alimentaire, souvent à base de viande de mauvaise qualité, impropre à la consommation humaine, est à l’origine de problèmes de dents ou de gencives voire d’intolérances alimentaires. Les allergies, les maladies de peau, les pertes de poils sont souvent dûs à une litière sale ou de mauvaise qualité. Quant aux chiennes, il n’est pas rare qu’elles soient droguées pour supprimer leurs chaleurs (pendant lesquelles elle ne peuvent pas courir).
  • Blessures :
    Les courses et les entraînements sont très éprouvants pour le corps des lévriers et les blessures sont malheureusement fréquentes : déchirures musculaires, micro-fractures dues aux impacts répétés, usure prématurée des articulations, fractures, lacérations, traumatismes crâniens lors des chutes ou collisions… Paddy Sweeny, un vétérinaire irlandais spécialiste des greyhounds, déclarait dans un documentaire de la BBC qu’en moyenne 1 chien sur 10 prenait le départ d’une course blessé. Comme cela est interdit, la douleur des chien est masquée par l’utilisation de médicaments ou de drogues, ce qui a bien sûr des effets négatifs à long terme sur la santé des chiens. Et lorsque les traitements sont trop chers, les chiens blessés sont euthanasiés en bord de piste, pour des raisons purement économiques.
  • Cruauté lors des transports :
    Les chiens peuvent passer plusieurs heures par jour en transit entre les cynodromes et les chenils des entraîneurs, dans des cages qui bien souvent ne respectent pas les normes européennes, trop petites pour qu’ils puissent se tenir debout ou se retourner.






  • Abandons :
    A cause du grand nombre de chiens qui quittent les pistes chaque année, le Retired Greyhound Trust, organisme officiel qui s’occupe des adoptions, est débordé. Pour les propriétaires, le RGT est une option onéreuse et qui prend du temps (liste d’attente de plusieurs mois). La question du placement des greyhounds en famille est d’autant plus compliquée qu’en Irlande ils ne sont pas considérés comme des animaux de compagnie par la plupart des gens. Il est ainsi fréquent que d’anciens chiens de course arrivent dans les fourrières ou les organismes de protection animale après avoir été abandonnés en forêt ou sur le bord d’une route, épuisés et affamés. Pire, afin d’éviter l’identification du propriétaire grâce au tatouage, les greyhounds abandonnés ont souvent les oreilles coupées ou mutilées. Ces dernière années, une nouvelle tendance se développe, le don de chiens « contre bon soins » via petites annonces, sans aucune vérification des adoptants ni des conditions de vie des chiens par la suite. Pour les propriétaires et entraîneurs, donner son chien retraité au premier venu permet de se donner une bonne image en augmentant statistiquement le nombre de chiens « adoptés » en fin de carrière. Mais suite à de tels actes, on a vu apparaître dans la presse britannique nombre de cas de négligence terrible, avec des chiens qui sont « oubliés » dans des cours ou des enclos, laissés sans aucun soins, ou abandonnés à nouveau.



  • Destruction de chiens en fin de carrière :
    Même les rapports officiels (rapport Donoghue, 2007) reconnaissent que de nombreux chiens ne sont pas euthanasiés de façon éthique en fin de carrière. De nombreuses affaires ont montré que les entraîneurs et propriétaires ont fréquemment recours à des abattoirs ou à des particuliers pour abattre et se débarasser des cadavres des chiens, de manière tout à fait illégale. L’affaire de Seaham en Angleterre, où les carcasses de milliers de greyhounds avaient été découvertes, tous abattus par un homme qui en avait fait sa profession, est celle qui a fait le plus de bruit ces dernières années. Encore récemment en Irlande, des carcasses de chiens abattus à coups de marteau ont été découvertes dans une carrière et le mois dernier, un fermier découvrait des corps de lévriers en décomposition sur ses terres, abattus et laissés là par leur boucher.


Et pourtant malgré tout cela, malgré toutes les épreuves qu’ils ont traversé, les greyhounds rescapés des courses font de formidables chiens de compagnie. Jamais je n’aurais cru, en adoptant Merlin il y a deux ans, qu’un chien ayant passé la plus grande partie de sa vie en chenil pourrait se montrer aussi doux, aussi affectueux et aussi facile à vivre, tant avec les humains qu’avec les autres chiens. Il s’est si bien adapté à la famille qu’on croirait qu’il a toujours vécu avec nous.

Mais parfois, quand il vient frotter sa tête contre moi pour demander des caresses, je repense à ce qu’il a vécu avant d’être sauvé, à ce que vivent chaque jour des milliers de greyhounds si près de chez nous, juste de l’autre côté de la Manche. Merlin n’est pas juste un magnifique athlète, un chien de compagnie parfaitement calme et doux. Non, mon chien, comme tous les greyhounds proposés à l’adoption par LED, est un rescapé, survivant d’une sélection sans pitié et vétéran d’une industrie impitoyable, ne l’oublions pas.

Publié dans Actualités, l'industrie des courses | Un commentaire

Un commentaire sur « Les greyhounds de course : martyrisés au nom du profit »

  1. Jean-Charles a écrit :

    Un grand bravo pour cette brillante synthèse!
    J’espère que cet article permettra de sensibiliser les personnes sur le thème encore malheureusement trop méconnu de l’industrie des courses et de la maltraitance ainsi infligée à ces merveilleux compagnons que sont les greyhounds.
    N’hésitez pas à faire entrer un ange dans votre foyer en adoptant un de nos rescapés en diffusion sur notre site.