La vérité

L’on pouvait retrouver ce Jeudi 28 mars un article du Monde.fr intitulé « En Espagne, le calvaire des lévriers » (à lire ici : http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/03/28/en-espagne-le-calvaire-des-levriers_4389935_3244.html). Publié sur l’un des principaux médias français, partagé par près de 2000 personnes sur les réseaux sociaux en l’espace de vingt-quatre heures, ce texte améliore certes la visibilité des Galgos mais « oublie » malencontreusement certains aspects essentiels de la situation. Retour sur ce qui aurait dû être développé.

Beaucoup de choses y sont, c’est un fait. On retrouve dans cet article les propos des Galgueros, de quelques acteurs du monde associatif et bien sûr de Michèle Striffler, eurodéputée très présente dès que les Galgos sont concernés. Nous avons également noté un changement de ton par rapport aux différents articles publiés ces deux dernières années en France. L’adoption des lévriers espagnols par des familles espagnoles est mentionnée, tout comme les efforts de sensibilisation qui sont encore à faire. Pourtant, trop d’approximations et certains choix d’écritures sont à déplorer.

Le journaliste semble avoir écrit cet article après avoir visionné le documentaire espagnol « Febrero, el miedo de los galgos » (en français : Février, la peur des galgos). Un film qui reste cependant à prendre avec des pincettes car certains chiffres qu’il contient sont clairement gonflés pour diverses raisons. Nous avons eu accès à ce film durant nos recherches et notre conclusion fut unanime : seul, ce documentaire ne fera qu’attiser les tensions déjà très vives en Espagne au sujet des Galgos.

De plus, nos recherches nous ont permis de démontrer (données de la Gendarmerie Nationale à l’appui) que certaines associations font bel et bien le commerce de lévriers Galgos en Europe. Des « missions de sauvetage » à l’esprit de rentabilité bien développé sont organisées tous les mois entre la France et l’Espagne. C’est là le second point noir de cet article qui se fait le porte-parole d’associations et de responsables politiques qui appellent à des mesures certes concrètes mais irréfléchies. Pêle-mêle, l’interdiction de la chasse mettrait sur le carreau des milliers de chiens devenus inutiles (pour peu que cette mesure passe, ce qui n’a aucune chance d’arriver), les adoptions en dehors de l’Espagne se font au détriment des chiens qui voyagent des heures durant dans des camions non-conformes, alors que la France et les autres pays d’Europe croulent sous le nombre d’abandons …

En définitive, c’est surtout un exemple parmi tant d’autres de la « guerre des chiffres » qui agite le monde du Galgo. Associations et chasseurs se renvoient constamment des approximations qui servent leurs seuls intérêts. Ici, le journaliste cite bien le fait que « le phénomène est difficile à quantifier » mais avance tout de même le chiffre de 50 000 Galgos torturés et tués chaque année. Et c’est là que le bât blesse car c’est bien ce chiffre que les lecteurs vont retenir. Et c’est bien ce chiffre qui fait constamment bondir les progressistes des deux bords (galgueros et associations) dont la motivation pour trouver un terrain d’entente prend un sérieux coup.

Les chiffres restent la principale source de discorde, et dans ce flou (intentionnel ou non) les associations et les familles désirent pourtant agir au mieux. Les grandes associations telles que 30 Millions d’Amis ont récemment réduit leurs estimations à 8000 Galgos par an et ont également retiré leur soutien à plusieurs associations françaises dont les actions sont d’ailleurs suivies de près par les autorités compétentes.

Que retenir de tout cela ? Certaines questions auraient mérité d’être posées. Pourquoi les députés européens n’ont ils pas « osé » comme le déplore Michèle Striffler ? Si chasse et politique sont effectivement très proches en Espagne, quiconque s’intéresse au droit européen et au cas de l’Espagne répartie en 17 autonomies réalisera à quel point les mesures demandées à l’heure actuelle ne constituent en aucun cas une sortie d’impasse. Il y a donc ce que l’on voit, ce qu’on nous dit, et puis il y a ce que l’on ne soupçonne pas. Le vol de chien est une réalité en Espagne, rendant le problème encore plus compliqué. Les risques sanitaires posés par les « missions de sauvetage » dans toute l’Europe sont énormes. Enfin, la question de la sensibilisation et la culture du compromis ne sont pas assez traitées ici. Dans cet épais brouillard, où chacun a l’impression de se battre contre des moulins à vent, nous espérons donner aux familles et sympathisants de la cause des lévriers espagnols les clés pour mieux comprendre et agir intelligemment. « 

Pierre-Louis Caron
Institut d’Etudes Politique de Lille

Publié dans Actualités | 2 commentaires

2 commentaires sur « La vérité »

  1. Daniel a écrit :

    Un article percutant à faire circuler sur les réseaux sociaux. On voit que LED s’entoure de gens compétents et rigoureux. Une fois de plus : bravo!

  2. Catherine a écrit :

    Pour information, Pierre-Louis Caron mène une enquête de fond depuis plusieurs mois. Une enquête dont il résultera, sous peu, un livre que nous proposerons sur notre site.
    Monsieur Caron a, de fait, une connaissance pointue du la situation espagnole autour du galgo.