Scandale en Australie : Petit cours de cynisme

Vous vous souvenez du scandale qui avait éclaté à la fin de l’hiver dernier concernant l’utilisation d’oppossums et autres pauvres créatures vivantes pour l’entraînement des greyhounds chez certains entraîneurs peu scrupuleux an Australie? Vous vous souvenez également de la réaction d’indignation étonnée d’un des responsables de l’industrie des courses, promettant de tout faire pour améliorer le respect de la protection animale dans ce milieu?

Lisez maintenant les documents internes découverts par la chaîne australienne ABC. Ils sont pour le moins surprenants…


Limiter les dégâts

La première révélation concerne la correspondance entre l’un des principaux administrateurs des courses en Nouvelle Galles du Sud et des membres de son équipe. A la veille de la diffusion du reportage sur le scandale de l’utilisation d’animaux vivants comme leurres lors de l’entraînement des lévriers, on les voit discuter de la meilleure manière de minimiser l’affaire et de contrôler les dégâts. En effet Mr Hogan se dit « conscient que l’organisation doit avoir l’air de prendre des mesures radicales et de sa propre initiative. » Parmi les options proposées pour faire face au scandale, on trouve notamment la création d’une commission spéciale fantoche : « Nommons une commission dirigée par un juriste éminent … un expert technique (aucune idée de qui ça pourrait être, mais il ne doit pas avoir de lien avec nous, genre le directeur d’une école véto ou un éthologue pour chiens avec un doctorat…), et un conseiller en transparence. Ça devrait rassurer le gouvernement. »





Excerpt of email from GRNSW chief executive Brent Hogan

Extrait d'un email du PDG du GRNSW, Brent Hogan





« L’annoncer directement nous permet d’annoncer tout de suite que la Commission sera dirigée par Monsieur le Grand Juriste. »

 » Tous les états doivent faire du charme au Ministre, se mettre les médias dans la poche, mettre en œuvre des stratégies de réponse, embaucher de nouvelles têtes etc. »

Après toutes ces préparations fiévreuses pour contenir le scandale, que s’est-il passé? Le soir même de la diffusion du reportage de l’émission Four Corners sur l’utilisation de leurres vivants, le GRNSW annonçait la création d’une « commission spéciale indépendante » afin d’enquêter sur les allégations d’actes de cruauté.

Le GRNSW choisit Michael McHugh, juriste éminent et ancien juge, pour diriger la commission. Monsieur McHugh fut ensuite nommé par le gouvernement de la Nouvelle Galles du Sud à la tête du Comité Spécial d’Enquête sur l’industrie des courses. Il ne s’agit pas ici d’attaquer Monsieur McHugh ni de mettre en doute son intégrité, mais de remettre en cause la crédibilité de la commission d’enquête, la sincérité des intentions de l’organisme de régulation des courses et la capacité du gouvernement de Nouvelle Galles du Sud à nommer un responsable totalement indépendant du monde des courses.

Tout ceci donne l’impression de mesures prises pour la forme, pour rassurer l’opinion publique en surface sans jamais aller au fond des choses ni révéler les problèmes inhérents à l’industrie des courses. Comment, dans ces conditions, faire confiance aux résultats du travail du Comité Spécial d’Enquête?
Cet échange de mails accablant mettant en cause plusieurs membres du GRNSW offre un contraste saisissant avec les déclarations rassurantes et énergiques faites par de hauts-responsables de l’industrie des courses dernièrement, promettant de faire toute la lumière sur le scandale.

Mettre des bâtons dans les roues de la SPA

Comme si cela ne suffisait pas à renforcer notre scepticisme quant à la sincérité des responsables de l’industrie des courses, d’autres documents internes ont révélé que des employés du GRNSW avait contribué à faire échouer des contrôles inopinés mis en place par la SPA pour prendre les entraîneurs suspectés de cruauté sur le fait.

Echange de mails entre employés du GRNSW concernant les inspections surprises de la SPALe 11 février la SPA inspecte plusieurs entraîneurs sans avoir prévenu le GRNSW auparavant, ce qui ne manque pas d’irriter les employés de l’organisation. « Difficile de faire confiance à la SPA maintenant. Ils nous ont joué un sale tour, » écrit l’un d’entre eux suite à ces inspections.

Quelques minutes plus tard l’un de ses collègues répond et explique que la SPA avait de bonnes raisons de ne pas partager ses informations et d’agir seule :  » Le truc c’est que la dernière fois qu’on a mené une action conjointe avec la SPA, des gars de chez nous avaient avertis les entraîneurs avant. La confiance, ça marche dans les deux sens. »

Continuons dans l’hypocrisie la plus totale avec ces révélations prouvant que contrairement à leurs déclarations suite à la diffusion du reportage de Four Corners, le GRNSW était parfaitement au courant de l’existence des pratiques cruelles mises en lumière par les reporters.

Étouffer les alertes lancées par ses propres employés…

Dans un échange de mails identifié comme « strictement confidentiel » daté du 27 février dernier, un responsable de la protection animale du GRNSW envoyait à sa direction un rapport d’ alerte officiel concernant une conversation privée qu’il avait eue avec l’un des entraîneurs de greyhounds mis en cause par le reportage de Four Corners. La conversation se passe lors d’une inspection des animaux de l’entraîneur :
« L’entraîneur affirma qu’il ne faisait que suivre les consignes des propriétaires, et ajouta que l’utilisation de leurres vivants était une pratique couramment utilisée par tous, des entraîneurs du dimanche aux grands propriétaires aisés. »
« Il déclara ensuite que même un officier de course y avait eu recours peu de temps auparavant et qu’il ne comprenait pas comment il pouvait un jour utiliser des leurres vivants et le lendemain décider que c’était mal. »
« Je lui ai demandé de confirmer qu’il voulait bien dire qu’un officier de course du GRNSW avait été impliqué dans l’utilisation de leurres vivants. »
« Il répondit que oui et qu’un autre y avait aussi recours. »
« Je demandai alors s’il voulait parler d’un autre officier de course et il répondit ‘Non, mais c’était bien un autre gars de chez vous' »

Dans un email envoyé plus tard dans la journée, la direction du GRNSW demandait à ses employés de ne pas parler de ces allégations et de rester « discrets » sur la question.

… et ne jamais faire aboutir les enquêtes

Néanmoins, la chaîne ABC a pu retrouver l’officier de courses en question mis en cause par l’entraîneur. Il s’agit d’un ancien entraîneur de lévriers dont la famille est toujours active dans le monde des courses. Quand ABC en a informé le GRNSW, l’autorité de régulation des courses a répondu en disant que l’enquête interne n’avait pu aboutir car l’informateur originel avait refusé de donner plus de détails.
Puis, dans une déclaration écrite envoyée à la chaîne de télévision la semaine dernière, le GRNSW a affirmé avoir « mené l’enquête à son terme et conclu qu’il n’existe pas de preuve spécifique de l’implication d’un membre du GRNSW dans une affaire d’utilisation de leurres vivants. » Bien sûr…

Jouer les étonnés face à un scandale prévu de longue date

Comme si tout cela ne suffisait pas, des employés du GRNSW ont révélé que l’organisme avait embauché un consultant en stratégie spécialisé dans le monde des courses pour les aider à gérer la crise.
« Les premiers mots du consultants furent : ‘Nous savions tous que ceci arriverait un jour ou l’autre' » rapporte un employé anonyme.

Il est tout de même incroyable de lire qu’au sein même du GRNSW et parmi les gens liés à l’industrie des courses, on se doutait que l’utilisation de leurres vivants serait un jour ou l’autre rendue publique. Cela veut dire que, comme nous nous en doutions, et malgré les hauts-cris des responsables des autorités de régulation, ces pratiques cruelles étaient bien connues de tous, bien avant le reportage de Four Corners.

Bref

Tous ces documents remettent en cause les affirmation des hauts-responsables selon lesquels le monde des courses ne tolère pas la cruauté envers les animaux et a fait d’énormes progrès en matière d’éradication des mauvaises pratiques. Ces gens nous prennent vraiment pour des lapins de 6 semaines…

Le Comité Spécial d’enquête doit rendre son rapport au gouvernement d’ici fin septembre. Peut-être nous surprendra-t-il agréablement, mais pour toutes les raisons pré-citées, nous en doutons quelque peu.



Article rédigé pour LED à partir de http://www.abc.net.au/news/2015-08-31/greyhound-racing-nsw-cover-ups-tip-offs-revealed/6736034

Publié dans Actualités, l'industrie des courses | Un commentaire

Un commentaire sur « Scandale en Australie : Petit cours de cynisme »

  1. MARTIN Daniel a écrit :

    Votre association a du pain sur la planche….