La chronique de notre Marraine

CHRONIQUE N°15 DU 14/11/2016

Le super cirque descend l’avenue.

Il est environ 17 heures lorsque je sors des locaux du centre aéré où je travaille à Aulnay-sous-bois. Le fond de l’air est doux en cette fin mars 1976. Un cortège descend l’avenue précédé par une fanfare tonitruante. Le « super cirque » annonce son spectacle prévu le soir même et expose ses animaux afin d’attirer les enfants. Autruches, poneys, lamas, singes enchaînés sur des chevaux misérables, toute une cohorte d’esclaves au service de quelle stupidité, de quelle brutalité humaine. Je ne réfléchis pas, cela m’est insuportable voilà tout. Je me plante devant l’homme qui mène cette troupe lamentable, décidée à empêcher leur progression dans les rues d’Aulnay-sous-bois. L’homme s’énerve et me traite de tous les doux noms de la terre. Claude qui venait à ma rencontre tente de me raisonner. Je capitule, ils sont très menaçants et plus forts que moi, mais ce n’est que partie remise. Je repère où se trouve leur campement. Deux heures après, prétextant l’achat de cigarettes, je m’échappe de chez moi. Je me suis calmée. Je veux simplement qu’ils comprennent l’immense gâchis qu’ils engendrent, je veux qu’ils entendent le cri muet des animaux, qu’ils ressentent leur terrible résignation. A l’époque je crois encore en l’être humain. Dès mon arrivée je suis entourée par une quinzaine de personnes. De nombreux enfants courent autour de nous. Manifestement je dérange leur repas. Ce sont des gitans. Je montre à une vieille femme, moins agressive que les hommes qui m’encerclent, un fennec attaché à un arbre par une lourde et courte chaîne. L’animal fixe le sol obstinément. Il ne regarde plus rien. Je tente de leur expliquer toute cette détresse mais un dialogue de sourds s’engage. Seule la vieille femme répète inlassablement : « je te comprends ma fille ». Les animaux sont sales, maigres, entravés, pitoyables. Je constaterai, hélas, à bien d’autres occasions, combien les gens du voyage épris de liberté aiment à réduire les animaux qu’ils détiennent en esclavage. Je repars les larmes aux yeux, impuissante. Je pense au public qui tout à l’heure applaudira le spectacle, à tous ces adultes qui emmènent leurs petits au cirque. Quel irrespect aussi de l’enfance!

Cela fait 40 ans que j’ai écrit ce texte. Les choses ont-elles changées? La réponse est NON. Le seul espoir vient des maires qui ont interdit l’installation de cirques avec des animaux sauvages. Soit 46 communes à l’heure actuelle sur les 36000 que compte la France… Combien d’années faudra t’il encore pour qu’au pays des droits de l’homme les animaux soient enfin respectés…

Brigitte Piquetpellorce