De prime abord, la présente nouvelle que je vais vous conter, peut paraître bien anodine en ces temps si troublés. Cependant, si l’on prend quelques instants pour y réfléchir, elle reflète une formidable leçon de vie pour la gente humaine. Comment la rencontre inopinée de deux êtres vivants, que jusqu’alors tout séparait, peut profondément modifier notre regard sur bon nombre de valeurs et de vérités toutes faites. Je vous laisse le soin de découvrir ce moment unique au travers de ces quelques lignes qui suivent.
Au cœur d’une nuit hivernale de la campagne irlandaise, un véhicule empruntait prudemment une route difficile d’accès. A cette heure tardive, se trouvaient à son bord M. HUME, qui était accompagné de son fidèle chauffeur CONRAD. Ce dernier ramenait son employeur à son domicile, après une soirée de travail bien mouvementée, qui ressemblait inlassablement à toutes les autres. En effet, le sujet récurrent de ces conversations entre M.HUME et ses partenaires, n’était animé que par l’amélioration de la performance des chiens sur un cynodrome dont il était un illustre éleveur. Son seul objectif était d’amasser encore un peu plus de ces précieux billets lors de prochaines courses, qui lui assuraient de couler des jours confortables.
CONRAD roulait au pas, à cause du manque certain de visibilité et de l’abondance de la neige sur la chaussée. Dans la lumière des phares, CONRAD semblait distinguer une silhouette, qui se dessinait, à mesure que la voiture s’approchait. Intrigué, CONRAD ne pouvait se résoudre à poursuivre son chemin, sans prendre le temps de s’arrêter. Il prit la décision de couper le moteur, malgré les ronchonnements de M.HUME, qui n’aspirait qu’à une seule chose : pouvoir s’installer confortablement dans son fauteuil moelleux, en dégustant un succulent verre de whiskey.
CONRAD sortit de la voiture et s’avança péniblement, en direction de cette singulière silhouette. Il s’agenouilla doucement pour ainsi mieux l’identifier. Il constata avec stupéfaction, qu’il s’agissait d’un chien. Pas n’importe quel chien mais un lévrier à la robe noire de jais. CONRAD ne pouvait laisser ce pauvre animal à son triste sort. Il regarda en direction de M.HUME d’un air implorant. Il aspirait secrètement à ce que son patron l’autorise à prendre ce lévrier sous son aile, sous peine de le voir mourir de froid et de faim. M.HUME lança quelques jurons dont lui seul avait le secret car il avait lu en son chauffeur. Il finit par céder à sa requête, tout en lui précisant que ce « cabot inutile » ne poserait pas une patte dans son manoir. CONRAD hébergerait cet hôte indésirable dans une dépendance de la propriété et ce pour une seule nuit. Le lendemain ce chien devrait quitter les lieux et être hors de portée de vue. Un lévrier n’a pas sa place à l’intérieur d’un foyer. Il reste et ne restera qu’un simple outil de profit, qui doit ne servir qu’à l’ enrichissement de son propriétaire. Ceci est d’autant plus vrai si un lévrier n’a pas l’âme d’un champion. Sans se faire prier davantage,CONRAD enlaça délicatement le pauvre animal transi de froid et l’installa au pied du siège passager. Ils reprirent alors leur route et arrivèrent enfin dans l’enceinte du manoir. M.HUME descendit rapidement du véhicule quelque peu agacé par ce retard intempestif. Il pressa le pas pour retrouver la chaleur d’un bon feu de cheminée. Il invectiva une dernière fois CONRAD en désignant du doigt le lévrier toujours couché sagement dans le véhicule.
Après avoir frotté énergiquement le corps du pauvre animal pour le réchauffer puis l’avoir nourri de ce qu’il avait à disposition, CONRAD entendit sonner les 12 coups de minuit au carillon. Il décida de faire un dernier petit tour dans le parc de la propriété en compagnie de son rescapé, avant de se mettre tous 2 au lit. Il avaient mérité un repos réparateur. Au bout de quelques minutes, le lévrier changea de comportement. Il se mit à gémir. Il semblait inquiet et son corps se mit à tressaillir. CONRAD tenta de le rassurer d’une voix douce et par des caresses mais en vain. Le chien finit par lui échapper en se dégageant de son collier. Il courait à vive allure en direction de la propriété. CONRAD se mit à sa poursuite. Il craignait les représailles de son employeur, si ce dernier apercevait le lévrier, en train de rôder autour du manoir. CONRAD parvint à le rejoindre non sans peine.
Avec stupeur, il vit le greyhound à l’une des fenêtres du manoir. Celle-ci donnait directement sur le petit salon où M.HUME avait l’habitude de se reposer. CONRAD découvrit avec effroi, que cette même pièce était en proie aux flammes. Une épaisse fumée noire envahissait déjà le petit salon. M.HUME était allongé dans son fauteuil mais demeurait inerte. S’était-il assoupi ou avait-il eu un malaise ? Nul ne pouvait le dire. Une étincelle provenant du feu de cheminée était peut être la cause de cet accident soudain.
Sans prendre le temps de réfléchir, CONRAD cassa la vitre de la fenêtre, afin d’extirper au plus vite M.HUME de ce brasier infernal, qui se propageait rapidement. N’écoutant que son instinct, le lévrier emboîta le pas de CONRAD, lui qui avait senti le danger depuis le départ. Il arriva à la hauteur de M.HUME. Il l’attrapa par la manche, avec l’aide de CONRAD. Ils le mirent à l’abri en le tirant à l’extérieur de cette fournaise. CONRAD confia son patron à son fidèle allié. De son côté, il partait prévenir les secours.
M.HUME commençait à reprendre peu à peu ses esprits. A son plus grand étonnement, il découvrit assis près de lui, le lévrier qui venait de l’arracher des griffes d’une mort certaine. Il effleura de la main la truffe de son sauveur, en gage de remerciement.
Les certitudes de M.HUME venaient de voler en éclats en un instant. Il comprit que ce lévrier, qu’il avait toujours considéré comme un vulgaire outil de travail et de rendement venait de lui sauver la vie.
Pour la première fois de son existence, il se rendit compte qu’un lien indéfectible et ancestral entre un homme et un chien était bien réel. M.HUME, qui avait écumé les cynodromes, pour rudoyer et entraîner jusqu’à épuisement ces chiens, sentait battre son cœur d’une manière toute autre. Ses relations avec les lévriers s’en trouveraient à tout jamais bouleversées. A partir de cette nuit, il se promit de choyer, d’apporter soin et attention à ces formidables compagnons à 4 pattes.
Un nouvel espoir venait de naître ce soir là, dans ce petit coin de la campagne irlandaise,
Jean-Charles DROUET – Copyright Lévriers en Détresse 2012.






Une belle plume, un texte ravissant. Merci Jean-Charles, vous êtes dans la pure tradition de LED : l’ouverture d’esprit. J’ai cru comprendre que vous êtes très impliqué dans cette belle association et je vous en félicite.
Mirabelle.
Je vous remercie chaleureusement Mirabelle pour ces quelques lignes à mon sujet. Je dois avouer que j’ai pris beaucoup de plaisir dans la réalisation de ce petit essai littéraire, qui me conduira peut-être vers d’autres compositions.
Je vous assure également de toute ma fidélité et mon amitié envers Catherine et cette magnifique association, que je défendrai becs et ongles.
Je suis fier et heureux d’avoir rejoint l’équipe de LED, avec laquelle je partage la même définition du mot » générosité » , qui illustre l’essence même de cette association.
Joli texte Jean-Charles! Et les illustrations, elles viennent d’où? Elles sont classes!
Superbe !!!
Le texte et les illustrations,
Bravo !!!
Très chouette à lire, merci JCD. On en espère d’autres.
Les dessins ont été réalisés par une étudiante de l’école Cesan. La même école a fait réaliser les BD éducatives. Nous allons en parler sous peu sur le site.
Amitié à tous !